Les règles de Heinlein

Cyril outils

Je connaissais déjà les règles d’écritures de Heinlein, pour être tombé dessus à l’époque où je passais plus de temps à chercher des articles sur l’écriture qu’à écrire (indice : mettez-vous tout de suite à l’écriture, plutôt que de procrastiner[1]). Ce que je croyais avoir compris à propos de ces règles était loin de leur signification réelle.
En fait, comme beaucoup de ce qui parait simple, ces règles sont complexes et presque impossibles à suivre.

Qui est Robert A. Heinlein ?

Je vais vous renvoyer vers l’article de Wikipedia à son sujet, mais résumons en disant simplement qu’il était un auteur américain de science-fiction quatre fois primé au Hugo.

Les règles

Dans les années quarante, Heinlein écrit un essai destiné aux professionnels du secteur, plutôt mal fagoté, et à la fin duquel il dit qu’après tous ces conseils, il va donner ses règles de business secrètes, en mentionnant que ses « collègues » lui en voudront certainement de les donner. Selon lui, ce n’est pas très important, parce que personne ne pourra les appliquer complètement de toute façon.
Et il se trouve qu’il avait raison.

Les règles d’Heinlein sont simplissimes, et presque impossibles à suivre.

Règle n° 1 : vous devez écrire.

OK. Écrire. C’est simple. Cela ne veut pas dire faire de la promo, ni discuter sur un groupe fb d’écriture, ou « faire des recherches » pour mon prochain thriller ou ma prochaine histoire SF.
Cela veut juste dire « être un écrivain » ; quelqu’un qui écrit. Qui quand il a fini son bouquin, attaque le suivant. Cela veut dire de ne pas se cacher derrière des excuses (« je n’ai pas le temps pour écrire », « je ne suis pas inspiré aujourd’hui », « je me suis engueulé avec ma femme, je ne suis vraiment pas d’humeur pour écrire », et j’en passe).

Ça commence déjà à être difficile, et c’est peut-être même la règle la plus dure à suivre, parce que (et je suis le premier concerné) il s’agit de passer plus de temps à écrire qu’à dire qu’on veut/va/pense à écrire.
Get to your. fucking. keyboard. and. WRITE.

Règle n° 2 : vous devez finir ce que vous écrivez.

Ça à l’air con, dit comme ça. Ce qui empêche la plupart des gens de finir leur travail (d’écriture), c’est la peur, parce que cela veut dire une histoire à montrer, une exposition aux critiques. Et si j’ai fait de la « m » ? Si les lecteurs n’aiment pas ? Si personne ne lit ? Tant que c’est un work in progress, c’est safe.
Ce mur de peur nous empêche de mener nos projets au bout, comme huit ou neuf personnes sur dix qui se lancent dans l’écriture d’un roman.

Règle n° 3 : vous ne devez jamais réécrire, à part pour des besoins éditoriaux.

Je suis un des premiers à sauter sur place quand je lis cette règle. Comment est-ce possible ? Ne doit-on pas proposer la meilleure qualité possible pour nos lecteurs ?
Examinons ce que cette règle veut vraiment dire.
Écrire, c’est un processus géré par l’arrière de votre petit cerveau (pour reprendre l’expression de Dean W. Smith, qui m’a inspiré cet article). Réécrire, ou éditer, c’est corriger les petites fautes, toutes les mauvaises tournures de phrases, cela vient du lobe frontal, de votre prof de français personnel.
L’arrière de votre cerveau sait ce qu’il fait : il a fait ça toute sa vie, raconter des histoires, en lire et en écouter ; il sait ce que c’est que le storytelling.
Cette phrase moche que votre lobe frontal cherche à vous faire corriger ? C’est ce qui fait que c’est votre texte, c’est votre style. Il n’y a que sept structures d’histoires, et tout ce qui a déjà été écrit suit ces structures. Vous ne pourrez pas faire mieux que Shakespeare, que Bradbury ou que Gaiman (oui, j’ai les références que je veux !). Ce qui va faire la différence, c’est vous, l’écrivain, avec votre style, votre façon d’écrire l’histoire.

Laissez votre « voix » tranquille.
C’est votre style, c’est ce qui va vous différencier, laissez cela dans le texte !

Qu’est-ce qu’on peut tirer de tout cela ?
Allez jusqu’à la fin de votre histoire en mode créatif. Puis, éditez pour réparer les erreurs, les oublis dans l’histoire. Une vérification de l’orthographe, et zou ! Direction votre (vos) bêta-lecteurs, et quand le texte vous revient, vous réparer les fautes relevées (grammaire, orthographe, frappe) par ces lecteurs, puis laissez partir votre texte vers son public, et passez au texte suivant.

Je sais.
C’est un truc de dingue, et j’ai beaucoup de mal à l’appliquer. Mais ces règles ne tombent pas de nulle part, et ceux qui arrivent à les suivre de manière rigoureuse semblent faire une longue carrière.

Règle n° 4 : vous devez mettre votre texte sur « le marché ».

À l’époque de Heinlein, cela voulait dire le présenter à un éditeur. Maintenant, cela n’a jamais été aussi simple : vous pouvez choisir la voie d’auteur indépendant, ou proposer votre roman à un éditeur, ou les deux.

Règle n° 5 : vous devez laisser votre texte sur le « marché ».

Facile. Voie indé : télécharger, choisir un prix, et oublier. Voie édition traditionnelle : envoyer, se voir refuser le texte, envoyer, se voir refuser le texte, jusqu’à ce que quelqu’un accepte de le publier.

Voilà les cinq règles « business » de Heinlein. Elles fonctionnent pour bien des auteurs. Elles sont si simples et à la fois si difficiles à appliquer ; particulièrement la troisième règle, qui nous pousse à publier des textes si polis (au sens de polissage) qu’ils finissent par tous se ressembler (c’est en tout cas l’avis de Smith).
La quatrième voit son lot de difficultés aussi (« mon texte n’est pas assez bon »), il faut oser proposer son roman et s’exposer.


  1. Bien entendu, j’ai beaucoup de mal à suivre mon propre conseil. On dirait que le cerveau est programmé pour cela: procrastiner.  ↩

Etat des lieux

Cyril BTS – Behind The Scenes

Et bien, comme on a coutume de le dire, « woah ». Auguste lectorat, tu peux constater avec moi que cela fait 3 mois, 15 jours, 2 heures et 28 minutes (merci Wolfram Alpha) que je n’ai pas publié sur le blog. Pire, dans le même temps, l’épisode 3 de Lagrange, initialement prévu le 9 … mars (!) n’est toujours pas publié.

Mais qu’est-ce qu’il s’est-il donc passé ?

La Vie, cher lecteur. La vie.

Wasap ?

Petit récapitulatif. Donc, début janvier, j’ai eu cette idée (qui me semblait géniale) d’essayer quelque chose de nouveau (en tout cas pour moi): créer une histoire en flux tendu, comprendre : en épisodes. Comme à peu près tout ce qui existe, cette idée est un remix de ce que nous espérions faire avec OLSF. La vie s’est accélérée, les gens consacrent moins de temps à la lecture, et le succès des séries américaines pousse aussi un peu vers ce format. Écrire un arc narratif long, enfin de la longueur d’un roman, mais le découper en épisodes plus courts, plus digestes, avec un mini-arc narratif à chaque fois.

L’autre avantage espéré, c’est celui de la réactivité : mes trois lecteurs auraient alors la possibilité d’influencer la suite de l’histoire en contactant directement l’auteur, puisqu’il est justement en train d’écrire la suite.

Ça tombe bien, puisqu’au même moment, j’ai l’envie de me jeter dans la SF, avec une chouette idée d’histoire. J’ai donc tout posé sur le papier, en essayant même d’envisager plusieurs “sorties” cohérentes et en imaginant les retours possibles des lecteurs pour garder un peu d’avance.

Le 24 février, je publie Lagrange 1 : Cimetière, qui représente le premier épisode de la série. Au moment de la publication, le plan global de l’histoire, les découpages sur cinq volumes, en gardant chaque épisode intéressant, mais tout en conservant l’évolution globale des personnages, et le premier jet de l’épisode 2 sont finis.

Je me suis même fait un calendrier de publication, avec des deadlines, et tout, hein.
Du travail de pro.

Le plan de publication tel qu’il était prévu au départ.

Alors que je suis dans les corrections de ce deuxième épisode, les premiers retours, certains très positifs, arrivent. Et avec, des lecteurs jouent le jeu et font des propositions très intéressantes… « Ah, oui, tiens, ça c’est une idée de fou, je vais m’en servir à tel endroit et du coup… »

Bon, vous voyez où je veux en venir : si j’ai réussi à publier l’épisode 2 en respectant le calendrier éditorial, malgré toutes les modifications que j’ai apportées à l’histoire, cela n’a tenu qu’à un cheveu, et en particulier parce que mon premier jet était déjà écrit. Je n’avais “que” du travail éditorial à faire.

Surtout, les modifications, même superficielles, même sur des détails au début de l’aventure, ont des conséquences beaucoup plus profondes sur l’histoire, notamment dès le troisième épisode, voire même modifiant carrément la fin de l’histoire !

C’est là qu’entre le monstre géant avaleur de deadlines !

Parce qu’en plus, je devrais être content : après tout, c’était exactement ce que j’avais voulu tenter. Écrire une histoire en répondant aux demandes des lecteurs sur certains points, en profitant d’utiliser certaines idées émises, qui en ont généré d’autres.

(De quoi on parle, exactement ? Par exemple, un personnage qui me semblait moins intéressant a beaucoup plu à plusieurs lecteurs, et j’ai donc poursuivi sa carrière sur les autres épisodes, alors que j’avais prévu de l’oublier dès la fin de Cimetière.)

Ce que j’ai mal calculé, en revanche, c’est l’impact au niveau du temps d’écriture (ou de réécriture, selon comment on veut voire la chose), et du coup, tout mon calendrier éditorial était faux. Donc, au moment où je clique sur le bouton publish chez KDP, je sais déjà que je ne pourrais pas être dans les temps pour l’épisode trois.

« La vie » s’en mêle

Il ne faut pas croire, mais en fait, la vie d’un écrivain, c’est chiant. Régulier. Casanier. Bien réglé. On se cale des petits moments d’écriture dans notre journée, parce que, il faut bien manger, ma bonne dame, et que le métier d’écrivain ne nourrit pas (encore) les enfants comme il ne paye pas le loyer. Et la journée est bien remplie, aussi parce que du coup, il faut un “vrai” boulot (que, pour le coup, on pourra qualifier d’alimentaire).

Dans ce mélo et ces découvertes de l’interaction avec certains de mes lecteurs, s’ajoutent donc les trucs imparables qu’on pourra ranger dans la case vie-de-famille-boulot. Et qui peuvent littéralement foutre en l’air tout ce réglage aux petits oignons qui aurait dû me permettre de respecter plus ou moins mes délais (si.)

Le 7 mars, je publie Lagrange 2 : UNS Killroy, en n’ayant que les premiers chapitres du troisième épisode écrits. Je sais déjà que je serais en retard pour la suite, et c’est précisément à ce moment que se présente une opportunité professionnelle que je ne peux pas refuser. Appelez ça les lois de Murphy, ou la LEM (Loi de l’Emmerdement Maximum, bien connue en anesthésie.)

D’un coup, je me retrouve responsable de 3 équipes, totalisant une soixantaine de personnes. C’est super intéressant, je vais apprendre beaucoup de choses, et je vais y passer un temps fou.

Et côté écriture, comme je cumule les heures et la fatigue, le rythme en prend un sacré coup. Je rate une journée d’écriture (pas grave je compenserais sur les autres jours), puis trois (pas grave, j’ai tout le weeend pour écrire mes mots). Sans vraiment que je ne m’en rende compte, il s’est passé trois semaines sans que j’ai avancé le manuscrit.

En revanche, la structure du bouquin au global, elle, a bien changé et avancé. C’est déjà ça. Mais en gros, voilà comment je me retrouve trois mois plus tard avec trois mois de retard sur les projets d’écriture.

Dingue.

L’espoir

À un moment, je me suis dit que j’allais tout de même y arriver, après tout j’ y suis bien arrivé jusque là (comprendre organiser mon écriture avec un travail à temps plein), mais à nouveau, d’autres échéances, plus marrantes celles-là se collent par-dessus tout ce développement. En juin, un week-end moto prévu depuis plus d’un an (que je n’aurais annulé pour rien au monde), puis une petite dizaine de jours prévus en Écosse à visiter Edinburgh et l’Écosse, ajouté à cette nouvelle mauvaise habitude de ne pas écrire tous les jours m’on amené jusque là.

Au départ de ce fameux weekend moto. Oui, j’ai un bout de pain coincé dans une dent.

On résume

Découverte, donc : écrire tous les jours est une habitude qui est vitale à mes projets d’écriture, et qui se perd très vite. Et cette habitude a été aussi dure à mettre en place qu’elle a été facile à perdre.

La bonne nouvelle, c’est que je sais ce qui me reste à faire : suivant la règle de Heinlein, «tu dois finir ce que tu as commencé.» Sans compter que ce projet (la série Lagrange) me tient à cœur et m’amuse beaucoup. Et pour y arriver, je dois forcer le passage pour créer à nouveau cette habitude journalière.

Là-dedans, tout n’est pas noir bien sûr, puisque j’ai appris sur ma manière de fonctionner avec mon écriture, sur ma (grosse) capacité à procrastiner, mais aussi parce que ces moments loin de l’écriture ont apporté des expériences et des rencontres qui remplissent mes carnets de notes. J’ai donc encore plus de matière pour de futures histoires (dont un projet de thriller de dingue, mais shhht !), des dizaines d’idées, et cela va me forcer à développer une nouvelle organisation pour créer ces histoires.

Pour finir

Vous êtes encore là ?

Bon, le tdlr; peut se résumer à ça : «Back to normal schedule». Avec, en prime, des leçons sur ma façon d’organiser tout cela. Avec les vacances d’été qui se profilent, je compte en profiter pour mettre tout cela à plat et bien préparer cette rentrée. Avec quelques surprises.

Scrivener iOS arrive

Cyril outils

Scrivener est un formidable outil de création littéraire. Il peut être vécu comme une vraie usine à gaz, surtout la première fois qu’on se lance dans l’interface. Il dispose aussi de tellement d’options que l’on peut vraiment en faire ce que l’on veut et l’adapter à ses propres besoins. Certains écrivains comme Lionel Davoust ne jurent que par lui et proposent des articles pour le prendre en main.

Je l’ai utilisé pour écrire Ximera (lien vers mon ancien blog), Teddy Bear, le premier jet de La machine. Puis, le besoin de transporter mes écrits de manière plus souple et de pouvoir travailler sur l’iPad m’a amené vers Ulysses, autre formidable outil d’écriture, dont la simplicité est un vrai plus, et qui se synchronise sans y penser au travers du cloud, rendant tous mes manuscrits disponibles sur mon ordi, sur ma tablette et sur mon téléphone.

Et bien, la bonne nouvelle du mois, c’est l’arrivée imminente de Scrivener pour iOS (lien vers le blog en anglais).

Du coup, je me suis dit que c’était un bon moment pour lister les articles du blog sur l’utilisation de Scrivener :

Vous pouvez trouver aussi lire les articles sur la version iOS sur le blog de Litteratureandlatte.

Bonne lecture !

Structurer son récit : the foolscap method

Cyril BTS – Behind The Scenes, outils

L’un des points de friction de mon écriture reste l’édition, et pour être plus précis, la correction de mon premier jet, et pour être encore plus précis, la première phase de cette correction : je relis mon histoire, avec mon chapeau d’éditeur, et je ne fais attention qu’à la structure, qu’à l’arc narratif, qu’aux personnages.

Parfois, en faisant cette première relecture, j’ai un doute. L’histoire est là, telle que je l’ai imaginée, dans les grandes lignes. Tout ce que je voulais raconter est présent, et pourtant, il manque quelque chose. Difficile à saisir, impossible de mettre le doigt dessus en criant Eureka !

Au contraire : tout semble là, et pourtant, cela ne fonctionne pas.

Pourtant, on pourrait me classer dans la catégorie des outliners, ceux qui n’arrivent pas à écrire sans avoir un plan, et dans mon cas, un plan plutôt bien détaillé. C’est ce qui m’aide à avancer, sans que cela ne m’enferme puisque je peux très bien en dévier à tout moment pour suivre l’évolution d’un personnage de mon histoire.

Alors, parfois, malgré ce plan minutieux, où je crois avoir pensé à tout, il manque quelque chose, un petit quelque chose que je n’arrive pas à identifier. L’histoire ne fonctionne pas.
Entre en scène la méthode foolscap.
Le foolscap, c’est un format de papier US, ce papier jaune ligné, un peu plus allongé et plus fin qu’une feuille A4. Je suis sûr que vous en avez vu dans les films ou séries américaines.

Et d’après Steven Pressfield, auteur américain qui fut l’un des premiers à parler de cette méthode, c’est la longueur idéale de papier pour coucher le plan d’un roman. Pas besoin de plus.

Comment ça marche ?

Il s’agit de reprendre son histoire, depuis une altitude très élevée.

Le premier tiers de la feuille est votre premier acte. Le second, le deuxième acte et le troisième, le dernier acte. On ne peut utiliser que l’espace autorisé par la feuille.

Il faut écrire de la manière la plus simple possible le “Et si ?” au début du Premier Acte. Par exemple, pour un policier, ce serait la découverte d’un corps.

Ensuite, à la toute fin de la feuille, il faut écrire le climax du roman (ou de l’histoire, cela peut s’appliquer à n’importe quel format).

Quand vous avez le point de départ et le climax de votre histoire, vous n’avez plus qu’à remplir le reste.

Simple. Simpliste ?

Vu comme cela, c’est un peu simple. Et cela ne m’aide pas à vraiment trouver le problème dans mon histoire. Tout juste à commencer la planification.

Mais de là, Shawn Coyne, un éditeur américain ayant roulé sa bosse chez les big five pendant plus de vingt ans, élabore une méthode qui permet de détecter ce petit truc qui ne fonctionne pas dans mon histoire, justement. N’est-ce pas génial ?

Il a amélioré la grille pour en faire cette fameuse méthode, en extrapolant ce dont une histoire a besoin pour fonctionner à savoir l’unité de base, la brique élémentaire, utilisable à tous les niveaux un peu à l’idée des fractales.

Cette brique est composée de 5 éléments :

  • Inciting Incident – incident de départ (traduction très aproximative, j’en conviens). C’est l’événement qui va changer le cours de la vie de votre personnage principal ; il y a un avant et un après.
  • Complication – progressive, les choses se compliquent pour le protagoniste
  • Crisis – la crise. On peut résumer cela au « meilleur mauvais choix possible »
  • Climax – le climax ou la réalisation de ce choix
  • Résolution – le fruit / les conséquences

Et l’on retrouve cette brique élémentaire de partout: au niveau d’une scène, d’un chapitre, d’un acte (et c’est là qu’on rejoint la foolscap.)

Trouver ce qui ne va pas

Remplir la foolscap est assez facile. La feuille contient une première partie permettant de bien définir votre histoire en définissant le genre et les valeurs en jeu, aussi bien au niveau externe (l’action) qu’interne (le développement de votre personnage principal).

En fonction du genre choisi, il y a aussi des scènes obligatoires, scènes qu’on va trouver dans toutes les (bonnes) histoires du genre, et donc des scènes attendues par le lecteur. Le point de vue général y est défini (3ème personne par exemple), l’objet de désir du personnage, et enfin l’idée générale / le thème de l’histoire.

Voilà pour l’histoire globale. Définir clairement ces points peut paraître futile, mais de là découlent bien des choix de l’histoire à raconter. Ainsi, on peut se rendre compte qu’on a oublié une scène obligatoire du genre, ou que l’évolution de notre personnage n’est pas claire. Le petit truc qui manque, ce peut être cela.

La suite de la grille se décompose sur les trois actes, que Shawn appelle hook (l’accroche), build (la construction), et payoff (la récompense du héros ou du lecteur). Chaque acte est composé des briques élémentaires décrites, et doit faire avancer votre narration soit vers le positif, soit vers le négatif.

Utiliser la grille pour décrypter votre texte permet une lecture à haute altitude, et permet de jauger de l’équilibre global de votre arc narratif, que ce soit en termes d’action ou de progression du personnage. C’est souvent ce qui permet de mettre le doigt sur le petit truc qui manque à votre histoire.

Pour comprendre avec un exemple, Shawn Coyne décrypte pour nous le Silence des agneaux de Thomas Harris. Vous pouvez trouver la fiche remplie ici, c’est assez instructif :

Ainsi, il devient plus facile, avec cette vue aérienne de l’histoire, de détecter ce qui ne va pas, ce qu’il faudra équilibrer, déplacer…

Aller plus loin

  • Pour ceux que l’anglais ne rebutent pas, il y a maintenant un podcast, créé par Tim Grahl, autour de la méthode foolscap story grid. Très instructif, avec des exemples et des explications autour du concept.
  • Le site de Shawn Coyne, rempli de détails et d’exemples, toujours en anglais
  • Le livre The Story Grid du même auteur.

Si vous ne pouvez pas vous y coller en anglais, il va falloir attendre un peu que je trie mes idées et avance un peu sur les quelques articles qui vont suivre, et qui vont servir de prise de note lors de mon cheminement avec cette méthode.

Petit bilan du Nano 2015

Cyril BTS – Behind The Scenes

On va faire simple, précis et concis : c’est un échec.

Mais en est-ce vraiment un ?

Alors, oui, je n’ai pas atteint le sésame de 50 000 mots en trente jours, et c’est bien le but du NaNo, donc en ce sens, c’est un échec. Il n’y a pas d’excuse particulière à trouver, même s’il est vrai que les événements parisiens du 13 novembre m’ont stoppé net dans mon élan, pour plus d’une semaine. Je trouvais tout cela (l’écriture, la fiction, raconter des histoires) tellement futile. Inutile. Je n’avais pas l’envie, j’avais perdu la motivation.

Une petite lueur m’a fait repartir bien plus tard, mais pour le NaNo, une bonne semaine de travail en moins c’est 25 % à rattraper ; quand on bosse à plein temps (un dayjob), ce n’est carrément pas évident.

Alors pourquoi je ne le vis pas comme un échec ?

J’ai appris des choses sur moi et ma façon d’écrire

J’ai déjà écrit sur l’importance de créer une habitude pour écrire ma fiction. Ce qui est également important, c’est de trouver sa propre « limite » ou son quota, appelez cela comme vous le voulez, qui permet d’avancer tout en conjuguant toutes les autres obligations de la journée.

Ma limite est trouvée grâce à ce NaNo : à 1700 mots, c’était déjà trop pour moi, et ceci même si certains jours, j’arrivais facilement à dépasser 2000 mots. En fait, tout dépend de la difficulté de ce que j’ai à écrire. Ce qui pose la limite dans mon cas est la barrière temps. Je sais que 1000 mots, même en cas de difficulté, cela ne représente pas plus d’une heure (j’insiste : pour moi, personnellement ma petite personne de moi-même.)

Il m’est venu plein d’idées pour la suite

Comme le projet sur lequel je me suis mis pour le NaNo, sobrement (et provisoirement) titré Redteam, a une structure très complexe, mon esprit déjà vagabond a eu de multiples occasions de fureter dans des coins improbables.

Comme je note toutes mes idées, aussi curieuses soient-elles, j’ai une moisson particulièrement fournie ce mois-ci, avec plein de départs d’histoires qui me séduisent bien. Je pense que le fait d’être « baigné » dans l’ambiance du NaNo stimule la créativité. En tout cas, cela marche pour moi.

Je me suis remis sur la structure du suivant

Cela découle du point précédent. J’ai raccroché des idées qui me sont venues durant l’écriture du NaNo, que je ne pouvais pas utiliser dans le projet Redteam, mais qui m’ont fait retoucher la structure du projet suivant, parce que l’histoire sera bien plus bandante comme cela.

Tout bénéfice.

J’ai ressenti la solidarité entre NaNos, l’entraide et les encouragements d’autres auteurs.

C’est quelque chose que je pressentais, mais le vivre est différent. Quand vous vous lancez dans le NaNo, vous n’êtes pas seul. Enfin, vous l’êtes, surtout que je ne suis pas du genre à participer à des fêtes de lancement et autres joyeusetés, mais sur la toile, une certaine entraide, les encouragements des uns et des autres ont suffi. C’est un sentiment rare de participer à quelque chose d’à la fois individuel et collectif.

C’est un sentiment qui vaut le coup, même dans le cadre de l’échec, d’être vécu.

Est-ce que je le referais ? Probablement pas. En revanche, je suis maintenant réglé comme une horloge et je sais beaucoup mieux comment je fonctionne en termes de rythme d’écriture.

Est-ce que je le conseille ? Certainement. Relisez-moi, il y a sûrement deux ou trois trucs qui peuvent vous parler.

Et vous, qu’avez-vous pensé de ce NaNoWriMo ?

Techniques d’écriture et construction de récit : quelques ouvrages de référence

Cyril BTS – Behind The Scenes, Inspiration, outils

Il y a quelque temps, je tombais sur un article qui faisait la comparaison entre écrivains et artistes.

L’idée était de penser que l’écrivain était différent de l’artiste au moins en ce sens que le premier commence par essayer de créer un produit fini sans avoir d’abord travaillé chaque qualité individuelle nécessaire à la création du produit final (l’Histoire).

Un dessinateur va par exemple s’entraîner sur les parties spécifiques, comme les ombres, ou le trait, sans avoir besoin de créer une œuvre à part entière.

Un écrivain s’assoit rarement à son bureau pour s’entraîner au dialogue, ou à la description, ou encore à l’expression des sentiments, sans dans le même temps essayer de créer une histoire.

C’est un petit peu comme si vous demandiez à un artiste de dessiner votre portrait sans qu’il ait d’abord appris à tenir un crayon. Les différentes techniques à maîtriser pour dessiner sont étudiées, essayées, travaillées par tous les étudiants des écoles d’art avant de se lancer dans des projets plus complexes aboutissant à des œuvres finies.

Cette idée, peut-être très anglo-saxonne, est celle que le métier d’écrivain nécessite plusieurs savoir-faire, et que chacun de ces savoir-faire peu se travailler individuellement, au plus grand bénéfice de l’écrivain, qui ajoute de plus en plus d’outils à sa boite au fur et à mesure qu’il « s’entraîne ». Au fond, on ne devrait pas imaginer s’asseoir pour écrire une Histoire sans penser au fait que les dialogues, les problèmes de point de vue, la voix choisie, les descriptions ou la structure du récit sont des domaines qu’il est nécessaire de maîtriser, car ils doivent s’effacer au profit de l’Histoire, justement.

Au-delà des exercices (certains auteurs connus utilisent leur blog pour vous en proposer ; ce n’est pas très difficile à trouver avec un bon moteur de recherche[1], la structure de nos récits est quelque chose qui m’intéresse particulièrement.

Il m’est impossible, de toute façon, d’attaquer un roman, une nouvelle ou un truc intermédiaire sans avoir un solide outline. Du coup, pour savoir ce qui fonctionne ou pas, ce que les autres font, et comment faire, j’ai, au fil des ans, accumulé quelques bons ouvrages sur le sujet (mais pas que) dont je vous propose la liste.

Il n’y a que du bon, en tout cas que des choses qui me servent de référence. Certains ouvrages sont en anglais (mais des traductions sont disponibles), mais bon, hein, nos amis anglophones étant bien plus décomplexés que nous sur ces techniques d’écriture, il est bien naturel qu’ils en parlent plus.

L'écriture de scénarios

L’écriture de scénarios (Jean Marie Roth).

C’est le premier ouvrage qui m’a mis le pied à l’étrier de la construction narrative. À la suite d’une master class suivie au début des années 2000 (l’auteur est un passionné, qui a réveillé à nouveau lors de ces quelques jours l’auteur en moi. Si, si.)

Ecriture

Écriture (Stephen King).

Pas besoin de description. Celui-ci est régulièrement conseillé, tout simplement parce qu’il est très bon. Et King est un maître (ah ah.)

Zen

Zen in the art of Writing (Ray Bradbury).

Entre poésie et inspiration, cette collection d’essais évoque avant tout l’amour de l’auteur pour l’écriture. Cela me redonne un peu de peps sur les coups de mou, ceux que l’on peut avoir de temps à autre.

Voiler

The writer’s Journey (Christopher Vogler).

Vogler écrit un livre sur la composante de toute histoire qui tient la route, à savoir le voyage du héros, basé sur les travaux de Campbell. Alexandre Astier en parle beaucoup mieux que moi à propos d’une master class organisée par Vogler sur Lyon en 2012, fait rarissime.

101

Screenwriting 101 (Film Critic Hulk).

Fortement axé sur la critique de scénario et du coup, la décomposition de ces derniers, de leur structure, de la profondeur des personnages… Quelques archétypes de personnages et leurs interactions sont bien décrits, ainsi que la construction d’un personnage crédible. Trouvé grâce à Neil Jomunsi (merci, gars !), qui en fait encore une fois un meilleur éloge que moi.

the story grid

The story grid (Shawn Coyne).

Une petite merveille basée sur l’expérience de nombreuses années en tant qu’éditeur de Shawn Coyne. Il sort de tout cela une grille d’analyse qui peut servir à comprendre où une histoire peut pêcher (au niveau de la critique), agissant un peu à la manière d’un script-doctor sur votre livre.

Il illustre cette technique, tout au long de l’ouvrage, en analysant Le silence des Agneaux de Thomas Harris. On découvre le pourquoi, le comment l’histoire de Clarice Sterling et sa relation avec le Dr Lecter nous file les chocottes et nous engage autant.

Cette grille peut également être utile à la préparation d’une histoire, et je l’utilise pour mon prochain thriller (titre provisoire : Redteam).

vonarburg

Comment écrire des histoires (Elisabeth Vonarburg).

C’est ma dernière acquisition, pas encore eu le temps de le lire. De mémoire, c’est un livre conseillé par Alexandre Astier dans la même série de vidéos (celles sur Vogler).

Voilà donc une belle petite liste. Et vous, que pensez-vous des techniques d’écriture ? Avez-vous des ouvrages à conseiller ?

Note : ce sont des liens sponsorisés. Soyez libres de trouver ces livres par vous même, mais un peu d’amour ne fait jamais de mal, si vous souhaitez me soutenir, n’hésitez pas : cliquez !

 
[2]: Evitez les bulles, utilisez Duckduckgo. My two cents.


  1. duck  ↩
  2. duck  ↩

Conseil aux auteurs non publiés

Cyril Inspiration, Opinion

Alan Moore, notamment connu pour être l’auteur-scénariste des Watchmen, V pour Vendetta, donne des conseils aux auteurs débutants lors d’une séance questions-réponses, après une manifestation contre la fermeture d’une bibliothèque anglaise (quelle idée stupide) en 2011.

Pour un rapide résumé :

  • Écrivez tous les jours.
  • Travaillez sur les trucs où vous êtes mauvais (sortez de votre zone de confort).
  • Ne laissez pas le découragement gagner.
  • Et… autopubliez, parce que l’industrie de l’édition est fondamentalement cassée.

(via Cory Doctorow via Boing boing).

Choisir une police pour écrire

Cyril BTS – Behind The Scenes

Un article sur medium de l’auteur anglais David Hewson sur le confort de travail apporté par le bon choix de la typographie de l’outil d’écriture que vous utilisez.

Des conseils intéressants, avec le nombre de caractères que vous devriez afficher par ligne, le choix de l’interligne, et enfin le choix de la police de caractères.

À titre d’exemple, j’écris en ce moment dans Ulysses, en Menlo 14 avec un interligne à 1.4 et avec 65 caractères par ligne. Parce que c’est ce qui me va le mieux : à vous de trouver ce qui vous convient, en gardant en tête que l’idée principale est que l’outil doit disparaitre au profit de l’histoire que vous écrivez.

Réponses standard à la stupidité en ligne

Cyril Inspiration, Opinion

John Scalzi, auteur SF et star des réseaux, a créé un système de réponses toutes faites pour dealer avec les stupidités que vous pouvez rencontrer en réseautant socialement, en socialisant sur les réseaux, en utilisant les internets comme vous le faites (presque) tous les jours.

Le concept est intéressant : il s’agit d’arrêter de perdre du temps avec ces conneries, et de renvoyer l’objet de votre agacement vers un lien en lui indiquant le numéro de la réponse standard qui sied le mieux au contexte.

Voici une traduction libre et approximative :

  • Je me fous de ce que tu penses.
  • Je ne t’ai rien demandé.
  • Aucun doute, ton idée est fichtrement intelligente.
  • Tu as tenté un brin de logique. Toutes les tentatives ne peuvent réussir.
  • Personne ne devrait être autorisé à faire autant d’erreurs en aussi peu de caractères.
  • Ou tes éducateurs se sont trompés sur toi, ou tu t’es trompé sur eux.
  • Je vois que tu m’invites à la dispute. Je décline.
  • Apparemment, un trou du cul a hacké ton compte et publie en ton nom.
  • C’est marrant, la plupart des gens s’énervent pour ne pas paraitre bornés.
  • Se comporter comme un enfant colérique n’est pas un bon moyen d’avancer dans la vie.
  • Je suis désolé. De toute évidence, tu as peur du monde qui t’entoure.
  • Mon attention est un privilège, pas un droit. C’est tout ce que tu auras.

Via Lionel Davoust (il me semble).

NaNoWriMo 2015

Cyril BTS – Behind The Scenes

C’est au moment où je vais être le plus occupé à écrire — puisque, oui, je fais le NaNo cette année — que je me décide à reprendre aussi l’écriture sur ce blog. J’imagine que cela va ensemble.

Il y a des dizaines de sites de conseils pour bien aborder ce marathon, beaucoup d’auteurs vous en parlent, pour peu que vous vous débrouilliez en anglais. Comment se préparer, où s’inscrire, comment s’organiser, comment trouver du temps pour écrire ? Vous trouverez tout ce que vous voulez en fouillant un peu le net avec les bons mots clés.

Au fond, ce qui est plus intéressant, c’est de savoir ce que vous voulez tirer d’une telle épreuve. Cindy Van Wilder propose dix (bonnes) raisons de s’y coller. Certains utilisent le NaNo pour enfin se lancer ; il est vrai que l’écriture des 50 000, 60 000 ou 80 000 mots d’un roman peut faire peur, et réduire la tâche à quelques dizaines de pages en double interligne par jour permet de gérer la chose. D’autres critiquent le projet : à quoi bon cracher du texte pour cracher du texte ? Sans parler de tous ceux qui abandonnent ?

Le but est bien de sortir ce premier jet, d’avoir justement cette histoire hors de vous, afin de pouvoir prendre un peu de recul et de s’atteler à la réécriture après un moment de repos (du tapuscrit).

Que cela ne vous empêche pas de réfléchir à ce que vous faites, aux mots que vous utilisez. En cela, l’article de Neil Jomunsi sonne juste.

Pour ma part, je me suis préparé en travaillant au mieux ma structure et la construction de mon histoire. Je n’arrive pas à écrire si je n’ai pas de plan bien défini par avance (j’ai essayé). Je suis tombé sur une théorie du « découpage » plutôt intéressante, que je teste sur ce projet (et qui fera l’objet d’un autre article).

À partir des premiers mots qui étaient durs à sortir, j’ai l’intention de débuter chaque session suivante en relisant ce que j’ai écrit la veille, corrigeant le plus évident, m’imprégnant de l’ambiance et de l’histoire avant de me jeter sur la suite. Et si mes personnages m’emmènent un peu plus loin que ce qui est prévu, je ne me priverais pas d’essayer de les suivre, quitte à réadapter mon plan par la suite.

Tout cela pour quoi, au final ? Avoir un texte à retravailler, espérons-le d’une longueur suffisante pour en faire un roman (le projet devrait faire 80 000 à 90 000 mots, autant dire que je ne pense pas m’arrêter fin novembre, mais, si tout se passe bien, plutôt mi-décembre). Oui, un texte, que je vais transformer en roman.

J’ai de l’espoir : certains, comme John Scalzi, ont connu un joli succès en publiant un roman écrit durant le Nano. Mon but est déjà d’avoir un premier jet à retravailler pour Noël.

Et vous, qu’est-ce qui vous pousse à faire le NaNo ?