Ecrire : s’organiser, ou ma façon de trouver du temps

Cyril outils

Un article en appelle un autre, comme souvent, et les commentaires de sorensen m’incitent à répondre un peu plus en détail qu’un commentaire ne le permettrait, alors allons-y.

Sur Exploration: l’importance de la régularité d’écriture,

Je serais assez demandeur d’un article donnant des exemples d’organisation du temps pour écrire : à quel moment de la journée (dans l’hypothèse où cette journée est consacrée prioritairement à une activité professionnelle autre, mais pas que : j’envisage de bloquer plusieurs jours de congés pour me donner des plages d’écriture plus longues), à quel endroit, avec quels outils ?

Et sur Ecrire: objectif journalier et motivation, concernant tout ce qu’il y a autour de l’écriture du premier jet,

Il faut y ajouter toutes les étapes avant et après. J’ai essayé d’en faire la liste ici : – écriture d’un synopsis d’une page environ – construction d’un plan détaillé – liste des personnages avec quelques informations pour chacun – construction d’une chronologie, en particulier pour un roman étalé sur une longue période, et/ou avec un récit alterné sur deux périodes différentes, et/ou pour une uchronie (mon manuscrit actuel cumule les trois hypothèses). – recherche documentaire – rédaction d’une version 1 […] Une fois la version 1 terminée, il y aura la relecture complète, des modifications,[…], [jusqu’à] une version 2 qui ressemble à quelque chose de lisible. Cette v2 sera donnée à lire à quelques personnes, puis une v3 tiendra compte de leurs remarques. Je me base là sur l’expérience de mes précédents manuscrits.

(J’ai tronqué un peu le commentaire pour faciliter la lecture, vous pouvez voir son intégralité ici).

Ce qui m’amène à exposer ma propre organisation. Personne ne détient la bonne réponse en la matière, et sûrement pas moi. C’est donc sans prétention, mais plutôt dans le but de faire un instantané de ma façon de faire aujourd’hui, que je poste cet article.
Ce sera intéressant d’y revenir un peu plus tard, pour voir comment cela aura évolué.

Ce que fait l’auteur

C’est vrai qu’il n’y a pas que l’écriture proprement dite, surtout du premier jet. Ceci dit, je trouve que de sortir ce first draft, c’est probablement la chose la plus difficile. Pas mal de monde se casse la figure rien que là-dessus, se démotivant, ou encore n’arrivant pas à finir une histoire.

C’est pour cela que ces conseils, collectés auprès d’autres, m’ont été utiles, et que je les ai répétés ici.
Je parle du principal (conseil), qui est d’écrire tous les jours, mais aussi de se fixer un objectif journalier pour garder la motivation, ou encore d’avoir un fichier de statistiques d’écriture (plus sur ce sujet dans un article à venir).

Mais c’est loin d’être le seul job d’un auteur. Je mets d’emblée de côté tout le marketing, puisqu’avant cela, il faut bien créer l’histoire à raconter.

Comme le dit sorensen dans son commentaire, il y a d’autres choses, comme la création des personnages, parfois des lieux ou de l’environnement (cela peut aller loin ; pensez à Tolkien ou Asimov: mieux vaut garder une trace de tout cela quelque part, et certainement pas dans le manuscrit), les recherches engendrées par les situations, qui souvent vont permettre d’avoir un peu plus de profondeur et de réalisme, la création d’un plan, et puis, enfin, quand le premier jet est posé (disons, le 1er décembre, hein, David :D), il y a tout le coté édition.

Organisation = priorisation

Pour ma part, j’articule tout cela autour de mon boulot. Hors de question de faire mal mon job (j’ai des principes, et puis des vies sont en jeu) pour faire bien mon deuxième job d’auteur (encore que je ne considère pas cela comme du travail). Ce travail est celui qui paie mes factures et ma liberté, mes recherches et les études de mes enfants, bref.
Et donc, j’écris à mes moments libres. Là, c’est à vous de tester ce qui va le mieux. Thilliez, par exemple, écrivait tous les soirs après avoir couché ses enfants. Jamie Rubin écrit la plupart du temps entre le dîner (souper en suisse :D) et le couchage de ses enfants.

J’ai un peu tout essayé de mon côté.
Je me suis levé à 5h pour dégager une heure d’écriture avant le boulot. Cela fonctionna jusqu’à ce que mes horaires (variables) m’empêchent de le faire régulièrement. J’ai essayé d’être un oiseau de nuit, me couchant (très) tard, pour parfois commencer à écrire vers 22h. Même problème.
Au final, j’en suis à utiliser la méthode Doctorow: j’écris tout le temps. Comprendre: dès que j’ai plus de cinq minutes de libres entre deux autres choses, j’écris. Si je suis de garde de nuit, j’écris le matin. Si je suis au bloc (cela commence tôt), j’écris plutôt le soir.
Vous voyez le topo.

Cela implique deux ou trois détails:

  • J’ai toujours de quoi écrire sur moi
  • corolaire : j’ai (presque) toujours mon ordi avec moi (ou mon iPad)
  • je fuis les habitudes, hormis celle d’écrire tous les jours (je n’attends pas de muse, de meilleure humeur, de meilleur lieu, d’être dans ma chaise de bureau, d’avoir du calme, etc.)
  • je change mon objectif journalier, dans une fourchette entre 500 et 1500 mots, selon ce que je prévois du mois suivant

Et aussi, je donne la priorité au draft en cours. C’est ce que je vais faire en premier.
Ensuite, ce sera du temps pour les recherches pour le suivant, voire le plan selon l’avancement de mes idées.
Enfin, le(s) blog(s), les réponses aux emails, tout cela.

D’une manière générale, j’organise cela la veille au soir, en fonction de ce qui est prévu le lendemain. Je me pose devant iCal et je dégrossis vaguement la journée, en sachant que cela peut être modifiable en cours de route.

Ce qui ne fonctionne pas (pour moi)

  • Varier d’un jour à l’autre mon objectif journalier: je perds la motivation (1500 aujourd’hui ? Pff non, 500 iront bien)
  • Bloquer des périodes pour l’écriture: je n’écris pas plus pendant mes vacances, ni mieux, ni pendant mes congés, par contre je fais plus de recherches.

On résume

En me relisant, je me rends compte que, hormis l’écriture proprement dire que je fais passer en tout premier, je fais aussi tout le reste, en même temps, presque tous les jours.
Donc, “il y a du taf”, comme on pourrait dire. On est loin de l’image romanesque de l’écrivain. Mais c’est ce que j’aime faire, et comment je le fais pour l’instant.

Certainement, des tas de gens arrivent à écrire sans faire de recherches ni de plan; ne reste alors (que) l’écriture et l’édition.