Ecrire : travailler sur la structure

Cyril Inspiration, outils

D’après ce que j’ai pu constater, on peut dire qu’il y a deux types d’auteurs : ceux qui ne peuvent commencer à écrire sans avoir une idée précise et un plan de ce qu’ils vont écrire, et ceux qui partent sur une idée, et se laissent « porter par l’histoire ou les personnages ».
Si vous avez parcouru un peu le site, vous aurez compris que je fais partie des premiers. Il m’est inconcevable de me lancer à l’aventure. Si je me mets à l’écriture, c’est que mon plan est réglé aux petits oignons.

Que vous apparteniez à la première catégorie (comme moi) ou à celle des aventuriers, le problème reste le même : pour créer un texte attractif, il faudra le structurer.
La seule différence, c’est que l’auteur « aventurier[1] » va faire son travail sur la structure lors de la première révision, pour recoller les morceaux et les bouts d’histoires et leur donner un peu plus de cohérence, là où l’outliner aura fait ce travail avant l’écriture.
Mais toute histoire a besoin d’une structure soignée pour fonctionner.

Une méthode

C’est bien joli, mais comment s’y prendre ? Y a-t-il quelque chose qui fonctionne à coup sûr ?
J’ai envie de parler d’une façon de faire que j’utilise depuis quelque temps et qui peut s’adapter à toute histoire, à tout récit. Plus complète que la structure archiconnue en trois actes, elle m’apparait aussi plus logique et facilement adaptable. Je m’en sers partout, et même pour l’écriture de certains articles sur OLSF.

En 2005, j’ai eu la chance d’assister à un stage sur l’écriture de scénario, donné par Jean-Marie Roth. C’est d’ailleurs probablement ce qui m’a relancé dans l’écriture proprement dite, après une (longue) période sans écrire de fiction, et plutôt tournée vers la formation à ce qui allait devenir mon day job[2]. Ce fut une des premières fois où je touchais du doigt une méthode pour structurer un récit de manière à donner de l’envie et du plaisir au lecteur/futur spectateur.
On y abordait les notions de climax, de profondeur des personnages, de timeline, et quelques trucs et astuces pour les rebondissements dans l’histoire à raconter.

J’avais tendance à bricoler à partir de ce que j’avais appris lors de ce stage, jusqu’à ce que je tombe sur un article sur la façon de travailler de Cory Doctorow, dans lequel il abordait en une phrase mystérieuse le fait qu’il appliquait le seven point story structure à tout ce qu’il écrivait.
Cette phrase sibylline m’a mis en chasse et quelque temps plus tard, je trouvais une présentation par Dan Wells, disponible sur Youtube.

Story structure, la présentation de Dan Wells

Plusieurs méthodes

Bien sûr, vous trouverez en cherchant un peu plein d’autres méthodes, que vous pourrez essayer aussi (la méthode du « flocon de neige », « l’arc en huit points » par exemple).

Mais cette façon (le seven point story structure) de penser la structure d’une histoire me correspond vraiment bien, dans le sens où j’arrive beaucoup mieux à construire mon histoire et mon plan avec cette « méthode ». Bien entendu, c’est à vous de choisir ce qui vous convient le mieux.

Dan Wells explique vraiment bien son affaire dans cette série de vidéos. Si vous comprenez l’anglais, ce sont 50 minutes bien investies.

Pour résumer, la structure en question se présente ainsi :
– The Hook (2)
– Plot Turn 1 (4)
– Pinch 1 (6)
– Midpoint (3)
– Pinch 2 (7)
– Plot Turn 2 (5)
– Resolution (1)

Un peu plus en détail

(1):
Et pour bien commencer sa structure, il faut commencer par la fin, finalement c’est assez logique : en tant qu’auteur, vers quoi notre histoire va-t-elle nous amener ? Le dernier point, resolution, est donc le but de toute l’histoire. Dan Wells illustre son propos avec Harry Potter, dont presque tout le monde connait l’histoire.
La résolution d’Harry Potter est donc « Harry vainc Voldemort ».

(2):
Ensuite, on peut donc décider d’où partir, c’est le hook. De quoi accrocher le lecteur, et le point de départ qui va permettre une évolution du personnage et de l’histoire jusqu’à la résolution.
Dans notre exemple : Harry a une vie pauvre et triste.

(3):
On s’attaque ensuite au midpoint, c’est un point de passage obligé pour le personnage, durant lequel il passe de la réaction à l’action. Harry apprend la vérité sur la pierre philosophale et promet de la protéger de Voldemort.

(4):
Dans le premier plot turn, le monde du personnage change; c’est l’introduction du conflit qui va concerner le personnage. Il rencontre de nouvelles personnes, se découvre un nouveau pouvoir, découvre des secrets…
Harry va à Poudlard, devient sorcier et apprend la magie.

(5):
Le deuxième plot turn va vous aider à faire passer votre personnage depuis la décision d’agir vers l’action et le succès final. Il découvre donc la dernière chose qui lui manque pour arriver au stade resolution.
Harry découvre que la pierre est dans sa poche parce qu’il est pur.

(6) et (7):
Les deux pinch sont là pour faire mal au personnage. Plus la tâche lui est ardue, plus le lecteur prend du plaisir à le voir réussir.
Le pinch 1 fait passer le personnage à l’action. Il s’agit de mettre de la pression : c’est l’attaque du troll dans Poudlard, où Harry est contraint à agir, car il n’y a pas d’adulte pour le(s) sauver.

Le pinch 2, enfin, doit faire mal. Le monde doit s’écrouler, les amis du personnage doivent être tués ou congelés, il n’a plus que deux balles dans son revolver alors que le requin géant attaque le reste de barque sur laquelle il survit… Vous voyez le topo. Ici, il faut que l’on sente le mérite à réussir jusqu’au point de résolution.
Ici, Harry est seul, car Hermione et Ron sont tombés dans les pièges du donjon.


Mon résumé est assez pauvre, aussi je vous encourage vivement à visionner les vidéos, qui sont beaucoup plus explicites.

Ce système correspond bien à ma façon de construire les histoires, et on peut l’adapter à tout type de récit–en fait, chacun peut s’amuser à identifier chacun des points en regardant un film ou en lisant un roman. On peut aussi mélanger (tricoter ?) plusieurs structures en sept points, on peut même construire chaque chapitre selon cette structure si l’on le souhaite, et complexifier son histoire et ses personnages à volonté.

C’est très souvent mon point de départ à tout développement d’histoire un peu élaborée, et avoir trouvé une méthode qui me permette d’être certain du fonctionnement de ma structure m’aide à avancer dans mon écriture.


  1. J’ai essayé, croyez-moi, de me lancer dans un texte avec seulement une vague idée de là où toute l’histoire devait me mener : je n’ai tout simplement pas terminé mon histoire. Les gens qui arrivent à travailler comme cela sont pour moi des « aventuriers ».  ↩
  2. Je suis infirmier-anesthésiste (entre autres), ce qui fait que je me réveille (presque) tous les jours pour endormir les autres. Paradoxe assumé.  ↩