Où l’auteur devient hybride

Cyril Promo

Or donc, « ça, c’est fait ». À l’instar des véhicules semi-écologiques, je suis devenu un auteur hybride, en publiant un roman aux éditions Heartless, tout en gardant mes autres romans en autoédition.

Je suis ravi, car je vais découvrir l’autre façon de faire, et un peu effrayé, car ce qui m’a attiré aussi vers l’auto-édition, c’est un besoin de contrôler (presque) tout de mes créations. Je rencontre déjà des gens très motivés, et qui ont envie de porter le manuscrit le plus loin possible.

Vous aurez plus de détails dès que ce sera possible, mais en attendant, voici une interview par l’attachée de presse de Heartless (lien vers l’article original fb ici).

Heartless : Bonjour Cyril ! Commençons par le début. Qu’est-ce qui a déclenché votre passion pour l’écriture et depuis combien de temps cela dure-t-il ?

Cyril VALLÉE : Mon oncle nous racontait des histoires de pirates juste avant le coucher. Surcouf et compagnie, boulets de canons et abordages. J’adorais ses histoires. Adulte, je soupçonne qu’il les inventait au fur et à mesure qu’il les racontait, mais quelque part, l’idée de provoquer chez l’autre l’émerveillement, l’évasion, m’a toujours séduit. J’ai très vite eu envie de faire la même chose.

L’écriture est venue un peu plus tard, bizarrement alors que je m’engageais dans des études plutôt scientifiques. Je me souviens avoir écrit des histoires courtes qui tournaient autour du voyage dans le temps, de la science-fiction et de la peur, juste après le baccalauréat. Les idées étaient bonnes, mais l’écriture terrible. Heureusement, personne, à part celle qui partage ma vie, ne les a jamais lues !

Et puis, une fois les études terminées, j’ai ressenti à nouveau le besoin d’être créatif, ce qui n’existait pas dans mon activité professionnelle d’alors. Après, c’est une histoire de rencontre : de grands lecteurs qui m’ont orienté dans mes choix de lecture, et d’autres personnes qui m’ont encouragé dans l’écriture. Depuis lors, j’écris tous les jours.

Pour résumer, cela fait un sacré bout de temps !

H. : Quels sont vos auteurs et vos livres préférés ?

C.V. : Vaste question ! Des auteurs m’ont marqué, c’est certain. Citons Neil Gaiman, King, Maxime Chattam, Grangé, ou encore Fred Vargas, Fabrice Colin. La liste de mes livres préférés est bien trop longue. Nous sommes gros lecteurs à la maison, et nous avons la chance d’avoir une bibliothèque bien fournie.

H. : Avez-vous des habitudes bien à vous pendant que vous rédigez vos romans ? Si oui, lesquelles ?

C.V. : Je suis plutôt structurel : j’ai tendance à avoir toute l’ossature de mon roman avant de l’écrire. Cela implique aussi beaucoup de recherche (parce que j’aime ça). Bien sûr, cette structure rassurante me permet de m’en éloigner, si l’histoire ou l’un des personnages m’embarque ailleurs.

Pendant la phase d’écriture proprement dite, j’essaie de ne pas lire dans le genre que j’écris.

Sinon, j’écris le plus souvent en musique, et partout, de mon bureau au café du coin, d’une chambre d’hôtel ou d’un aéroport. Rien de bien exceptionnel !

H. : Parlez-nous un peu de La douzième victime. Qu’est-ce qui vous a donné l’idée d’écrire ce récit ? Quels messages souhaitez-vous y faire passer ?

C.V. : La douzième victime est un thriller qui touche aux domaines du hacking, de l’I.A. et du complot. On va suivre l’enquête du Commandant Luc Saint Antoine et les aventures d’une étudiante assez douée avec un clavier. Ce don va à la fois lui attirer des ennuis et lui donner les outils pour s’en sortir.

Ces deux destins vont se croiser à cause de l’enquête, dont ils ne se doutent pas à quel point elle va changer leurs vies.

Mes romans sont toujours le résultat d’idées qui se croisent, se percutent et s’entremêlent. J’ai dû rechercher dans mes carnets de notes pour vous répondre. Sans spoiler, j’ai retrouvé des références à un article qui exposait la possibilité de petits programmes auto-reproducteurs, se transmettant des gènes électroniques s’ils accomplissent bien leur tâche, introduisant des mutations dans l’expression de ces « gènes », et ne se reproduisant pas s’ils n’amélioraient pas leur fonction. Une sorte d’évolution darwinienne à la vitesse de l’électron. Cet article m’avait beaucoup marqué. J’ai retrouvé des notes sur un journaliste qui a tenté de disparaître, racontant à quel point c’est difficile dans notre société où tout devient numérique (il n’a tenu que quelques semaines avant d’être retrouvé), avec une question dans mon carnet : « peut-on disparaître ? »

J’accumule ainsi des centaines de notes, sur des sujets très divers qui attirent mon attention. Des mois, des années plus tard parfois, une connexion improbable se fait et me donne l’idée d’une histoire. Le processus n’a pas été différent pour La douzième victime. Peut-être que certains lecteurs retrouveront dans le roman des traces de ces idées, collectées des années auparavant.

Je ne pense pas avoir de message particulier à véhiculer. J’écris pour m’évader, pour divertir, pour donner au lecteur un moment hors du temps. Si mes lecteurs s’inquiètent pour Clarisse et Luc, s’ils continuent l’histoire pour savoir s’ils vont s’en sortir, c’est tout ce qui compte. S’ils trouvent un message qui leur parle, tant mieux !

H. : Avant d’être édité chez nous, vous aviez déjà un petit panel de romans édités ! Sont-ils du même genre que votre sortie chez les Éditions Heartless ? Parlez-nous en brièvement !

C.V. : Vous pouvez trouver une histoire courte fantastique, Teddy Bear, celle d’un ours en peluche qui donne un pouvoir très particulier à celui qui le trouve, juste à un moment de crise, le moment précis où il en a besoin, avant de disparaître pour aller dans la vie d’un autre.

Et puis la série Lagrange, qui raconte les aventures d’un homme qui se réveille après deux cent cinquante ans passés dans un caisson de cryostase, au moment où son vaisseau va s’écraser contre une météorite. De quoi ouvrir des possibilités !

Je ne crois pas qu’il faut se cantonner à un seul genre. En tant qu’auteur, je suis intéressé par des choses très variées, et ces intérêts m’ont amené à écrire du fantastique et de la science-fiction autant que du thriller, même si ce dernier genre est peut-être mon préféré.

H. : Quels conseils donneriez-vous à des auteurs en herbe ?

C.V. : Cela va paraître bateau, mais le conseil principal, c’est d’écrire, écrire, écrire (voir à ce sujet le discours d’introduction à l’École des Arts de Neil Gaiman en 2012 : « Make good art. »). Persévérer, et beaucoup lire.

H. : Que se cache-t-il derrière votre titre (sans spoilers !) ?

C.V. : Il fait référence à un moment précis de l’intrigue, où l’on comprend beaucoup de choses. Difficile d’en dire plus sans en dévoiler trop !

H. : Comment vous est venue l’idée d’éditer vos histoires ?

C.V. : Si la question est pourquoi une maison d’édition :

J’aime l’idée de tout contrôler dans mes créations, et cela m’a naturellement amené vers l’auto-édition, où il faut tout faire du manuscrit à la couverture. Ceci dit, le fait de rencontrer des gens intéressés par le texte et l’histoire, passionnés de bouquins et qui accompagnent et soutiennent le projet m’a tenté au point d’oublier mon besoin de contrôle. J’ai rencontré chez Heartless des gens vraiment à l’écoute, et chez qui j’ai ressenti une réelle envie de porter le roman vers ses lecteurs.

Si la question est pourquoi rendre le texte publique :

Mes premiers lecteurs ont passé le roman à d’autres et petit à petit, les retours étaient très encourageants. C’est ma femme qui m’a poussé à partager et rendre cette histoire disponible au plus grand nombre, et à la faire éditer.

H. : Quel est votre personnage préféré dans La douzième victime ?

C.V. : Très sûrement Clarisse. J’aime l’idée d’en avoir fait une femme forte, affirmée et pleine de ressources. Au fil de ses aventures, elle se découvre des capacités qu’elle ignorait, elle se sort de situations exceptionnelles alors qu’elle n’est, au départ, qu’une simple étudiante.

Bizarrement, quelques lectrices m’ont reproché justement cela : que Clarisse se sorte de ces situations dangereuses et inextricables alors que c’est une jeune femme « sans histoire ». Or, je pense qu’il est important d’avoir des personnages féminins forts dans nos histoires, surtout dans la société actuelle où rien n’est acquis de ce côté-là. Un exemple : je vis dans un pays où l’égalité homme-femme est inscrite dans la constitution, et où pourtant l’écart de salaire en fonction du genre est encore de l’ordre de vingt pour cent à poste équivalent ! Personnellement, je n’ai aucun mal à imaginer des personnages féminins capables de rivaliser avec les meilleurs espions, les policiers d’élite ou les aventuriers. C’est justement ce qui est intéressant : suivre l’évolution, la transformation d’un personnage tout au long d’une histoire.

H. : Un petit mot pour la fin ?

C.V. : Lisez ! Partagez vos lectures ! Mes plus belles découvertes ont été des conseils d’autres lecteurs, alors partagez les vôtres.

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Interview réalisée par Alicia Alvarez, l’attachée de presse des Éditions Heartless.

Stay tuned !

(Image de couverture par rawpixel on Unsplash)